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Terre de Vins
Label ANB... Agriculture Non Biologique ?Alors qu'a débutée hier la Semaine du développement durable dont le thème de cette année est "changeons nos comportements !", il serait peut-être temps d'inverser la tendance et de délivrer un label Agriculture Non Biologique à ceux qui utilisent de la chimie (pesticides et autres), qui sont les pollueurs... et non un Label AB à ceux qui respectent l'environnement, les sols, les animaux, les plantes et l'énergie vitale de notre planète.
Au-delà de ce qui pourrait paraître comme un doux délire "écolo" ou une douce utopie de néo-rural sous influence d'herbes autres que provençales, se pose une vraie réflexion initié par Robert Eden, un vigneron bio qui a créé, en 1997, Château Maris, un domaine entre Carcassonne et Béziers conduit selon les principes de la biodynamie.
Appliquant avec passion et conviction au quotidien ceux-ci, ses vignes sont exempts de tout adjuvant et pesticide. Mais considérant que le bio n'est pas un procédé qui s'arrête au produit mais avant tout une philosophie, il est allé au bout de sa démarche en utilisant des percherons pour le labour, un tracteur (là où les chevaux ne peuvent passer) avec des systèmes récupérant les éventuelles fuites d’huiles pour qu’elles ne souillent pas les sols… Jusqu’à sa cave qui est entièrement végétal grâce à l'utilisation d’une brique révolutionnaire (en chanvre et en chaux) qui consomme du CO2. Aujourd'hui, "pour valoriser" le choix de vie et de culture qu'à fait Robert Eden, respectant l'environnement, les sols, les animaux, les plantes mais aussi l'être humain en ne l'empoisonnant pas, il doit effectuer de nombreuses démarches (paperasserie, contrôle, certifications) d'homologations, longues et compliqués. Et ce qui est, en somme, qu'un respect "normal" de la vie devient une "sanction". Ce système en décourage plus d'un et nombreux sont ceux – beaucoup de vignerons aujourd'hui – qui produisent dans le respect de la vie sans pour autant demander le label AB. Le bio... un arbre qui cache la forêt
Pour Robert Eden : "Le label bio est une étape, qui amène producteurs et consommateurs vers une recherche de produits sains. Mais ce n’est qu’une étape. Le bio ne devrait pas être un label, mais une norme. La logique voudrait que les producteurs qui utilisent des adjuvants chimiques l’indiquent sur leurs vins. Ce n’est pas le label bio qu’il faut mettre en avant, mais le label non naturel, afin d’informer le consommateur. Mes collègues et moi-même, qui travaillons dans le respect du vivant, ne devrions pas avoir à nous justifier. Le vin est avant tout un plaisir, il doit le rester, et nous ne devons pas amener le consommateur à avoir une approche trop technocratique de sa consommation. Indiquons-lui ce qui est mauvais pour sa santé, cela suffira. Pour le reste, son goût, ses envie, son plaisir sauront faire la différence".
Actuellement, de nombreux consommateurs, souhaitant se tourner partiellement ou totalement vers le bio, peuvent être induits en erreur sans que le producteur en soit responsable. En effet, le label AB s'arrête au produit final mais pas à son environnement en général. Cela est flagrant dans le cas de l'achat de raisins ou de poires bio dans une barquette en plastique, par exemple, et/ou venant par avion d'Argentine ou du Chili ; de biscuits emballés dans du carton non recyclé et étant, en plus, conditionnés en sachets individuels.
De plus, aujourd'hui, peu de personnes connaissent précisément les garanties (la qualité du produit, la qualité gustative, l'origine impliquant l'impact CO2) qu'offrent le label AB. Et, même si cela n'est plus vrai pour certains produits, le consommateur a toujours l'impression de les payer plus cher. Cela étant, le label Bio est une étape qui doit nous mener vers des produits de plus en plus sain, qu'il faut améliorer afin qu'il devienne la norme d'une production "naturelle". Et, en opposition, tout ce qui est "non naturel" devrait être labellisé "ANB" afin d'informer le consommateur du risque qu'il choisit de courir, de faire courir à la terre, à l'environnement en général (et les conséquences qui en découlent pour nos enfants et petits enfants) en achetant ces produits. Ainsi, face à cette information, le consommateur, par prise de conscience progressive, pourrait amener de plus en plus de producteurs vers la conversion... Ce qui induirait, en partie, de manière mécanique, une baisse partiel du prix d'achats des productions bio.
Ainsi, le producteur ou le transformateur pourrait, pour une fois, être fier de perdre son label "ANB"... cela n'étant possible pour le producteur qu'après, bien sûr, trois ans de délai pour la reconversion en bio... Comme c'est déjà le cas aujourd'hui. Cela est évidemment utopique... Quoique ! Imaginons un instant l'agriculteur rentrant chez lui le soir pour le souper après une dure journée de labeur et annonçant à sa famille : "J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer... Ça y est, après trois ans de travail, je vais enfin perdre mon label !... Mes légumes et mes fruits sont normaux". Il y a de quoi être fier... Non ! Il ne tient qu'à nous de véhiculer ce type d'idées, de réflexions - bien d'autres peuvent naître - et de faire changer les choses. chateaumaris.com Semaine du développement durable Vendredi 2 Avril 2010
Samedi 17 Avril 2010
Gil Chauveau
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